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La préparation du matin en question

Souvent au cours des tournois, on voit des jeunes joueurs s’adonner au rituel de la préparation de la partie le matin. L’un observe le style de jeu de l’adversaire, l’autre, plus souvent,  recherche une variante qui s’avérera efficace. Qu’en penser ?

Retour en arrière, ou comment est né cet article.

Récemment, un parent d’élève me faisait remarquer qu’il s’interrogeait sur la pertinence de ce rituel. Si parfois la préparation de l’ouverture tombait juste et permettait d’obtenir un résultat positif, trop souvent ce n’était pas le cas et les conséquences étaient négatives.

Et puis, il y avait le cas où la préparation avait bien conduit à la position envisagée mais que le joueur ne savait pas traiter convenablement. Pour le moins, il n’était pas possible d’avoir une preuve statistique du bien fondé de la préparation.

Quand je lui ai fait part de mes réserves sur cette pratique, il me suggéra d’écrire un article sur le sujet.

Pourquoi se prépare-t-on ?

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles on fait une préparation spécifique. La plus naturelle est que les efforts effectués durant cette phase ne seront pas à faire quand on sera devant l’échiquier. Et il est vrai que cette préparation effectuée la veille pourra porter ses fruits. Mais la question porte également sur le moment où elle est effectuée, et ce qui est efficace la veille peut être nuisible le jour même.

Et il existe d’autres raisons qui me paraissent nettement moins bonnes. Tout d’abord, il y a le besoin de se rassurer, de contrôler, un besoin suggéré, relayé ou appuyé parfois par les parents ou une personne d’autorité.

Ensuite, il y a une certaine forme de norme sociale, les autres le font donc je vais le faire. Et puis je vais en faire encore plus ?!

Les conséquences de la préparation du matin

Il est d’abord clair que les conséquences sont variables selon les individus et les parties. Parler des conséquences est donc le fruit d’observations, de lectures, d’expérience mais aussi de généralisation avec toutes les limites que cela induit.

Pour ceux qui le font par besoin d’être rassuré, cela vient bien souvent les confirmer dans l’idée qu’ils ont bien raison d’être stressés, et ils le sont donc encore plus devant l’échiquier.

Pour ceux qui subissent la norme sociale, à fortiori quand elle émane d’une autorité, la préparation leur dit qu’ils doivent être stressés puisque la partie nécessite un surcroît d’efforts préalables ! Et ça marche, ils sont stressés.

Et puis il y a le risque de consommer des ressources qui feront défaut durant la partie.

Mais vous trouverez toujours quelqu’un pour vous dire que ça marche, et preuves à l’appui. Toutes proportions gardées, un peu comme cette vieille légende du fumeur centenaire.

En fait, les seuls qui, je crois, tirent un bénéfice de cette préparation sont ceux qui le font par plaisir.

Une métaphore éducative.

Si demain votre enfant doit passer l’épreuve de mathématiques du Baccalauréat à 15 heures, quels conseils lui donneriez vous ?

De passer la soirée à réviser ? De passer sa matinée à revoir ses fiches, voire à apprendre de nouvelles méthodes ? Je ne pense pas.

Je pense plus probable que vos conseils portent sur la nécessité de bien dormir et d’être en forme pour l’épreuve. Vous essaierez de faire en sorte qu’il ait confiance en lui et qu’il soit dans les meilleures dispositions, qu’il ait l’esprit clair. Peut-être même lui interdirez vous de réviser ! Et vous aurez raison.

Alors j’ai pris l’image de l’épreuve de mathématiques, si il s’était agi de récitation, peut être faudrait-il l’envisager différemment.

J’aime les métaphores et les analogies ! Cela permet souvent d’éclairer les propos.

Alors de quoi a-t-on vraiment besoin ?

Si la préparation matinale de l’ouverture essaye de répondre au besoin de contrôle et de connaissance technique, ce ne sont pas, il me semble, les ingrédients principaux à la réussite dans la compétition échiquéenne.

Les vrais ingrédients qu’il faut mobiliser tournent autour de la concentration, l’énergie, la combativité, l’investissement, la clarté d’esprit, la fraîcheur, la confiance en soi, la sérénité. La liste n’est pas limitative.

Est ce que la préparation du matin contribue positivement sur la mobilisation de ces ingrédients ? De la réponse à cette question dépendra la qualité de l’influence de cette préparation. Mais à titre personnel, je ne pense pas que la préparation matinale aux ouvertures soit une bonne chose. Dans la plupart des cas au moins.

Que faire ?

Une fois qu’on a identifié les ingrédients, en fonction des personnes et de l’environnement, on peut trouver quoi faire.

Doit on bannir toute activité échiquéenne ? Certainement pas, mais il faut qu’elle s’inscrive dans le but de développer les ingrédients nécessaires au succès. Et puis, il ne faut pas consommer des ressources qui seront utiles par la suite. Par exemple, j’ai longtemps regardé le matin avant de jouer une partie d’Alekhine. Après j’étais dans le le bon état d’esprit, dans le bon tempo. J’aime le jeu dynamique. Je les regardais superficiellement, et j’étais dans de meilleures dispositions.

Il y a également les outils de la préparation mentale. Et puis je recommande comme activité la promenade dans la nature, la méditation, les loisirs qu’on réussit et où on prend du plaisir, où on gagne de la confiance en soi.

Bref, de mon point de vue, le matin, aucune préparation technique.

Si cet article vous a plu, ou pas, si vous avez une opinion sur le sujet, n’hésitez pas à commenter pour enrichir le débat.

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