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Gérer ses objectifs aux échecs

Dans beaucoup de domaines, on entend parler d’objectifs.

Au moment où j’écris cet article, c’est le début de la Coupe du Monde de Football. L’objectif pour l’Equipe de France est de finir au minimum en demi-finale. En clair, s’ils y arrivent, ce sera le constat d’une certaine réussite, ils auront bien travaillé. Sinon ? Ils ne se mettent pas dans une position où le sinon sera effectif, et si ça arrivait, il faudra examiner le pourquoi et le comment.

Chaque année le parlement se réunit pour voter la loi de finances. Et, devinez quoi ? Chaque année, il y a des objectifs de dépenses et de recettes, et de déficits d’ailleurs. Bon, ça ne veut pas dire qu’ils seront tenus. D’ailleurs, chaque année, il y a des lois de finances rectificatives avec des objectifs modifiés ! Et pourtant chaque année recommencent les discussions sur les objectifs …. ça doit quand même servir à quelque chose !

Bon, vous l’aurez compris dans beaucoup de domaines, on parle d’objectifs : Gestion de projet, Sport, Finance, Management, Armée, Marketing … peut être parfois trop ?

Et dans tous les sports et dans toutes les compétitions on parle encore d’objectifs.

A quoi servent les objectifs ?

Voilà une bonne question ! Si tout le monde s’en sert, c’est que ça doit avoir une utilité.

La première vertu d’un objectif est de pouvoir déterminer quand on est satisfait, ou pas.  Si vous formulez un but comme progresser aux échecs par exemple, c’est très vague. Au premier point elo gagné vous êtes satisfaits ? Ou alors 10 ?  100 ? Vous ne savez pas quand vous pouvez être content ou pas. Cela vous laisse dans un flou qui ne vous permet pas d’expérimenter la satisfaction d’un travail bien fait. Dommage !

C’est également un outil de motivation, vous avez plus de chances d’atteindre un but quand il est formulé sous forme d’objectifs précis que si vous vous contentez d’une vague formule du type “bien jouer”. Si, par exemple votre but est de gagner 50 points elo, quand vous en gagnez 10, vous savez que vous avez franchi une première étape qui donne lieu à une première satisfaction. Et cet outil de motivation vous sera bien utile dans les moments difficiles ou quand vous étudierez quelque chose un peu ardu.

C’est aussi un outil de prise de décision. Ben Hunt Davis, champion olympique d’aviron, explique dans la vidéo (en anglais) ci-dessous qu’après avoir échoué avec son bateau, il a réalisé que si ils continuaient à faire les mêmes choses, ils arriveraient au même résultat. Ils n’étaient pas forcément amis sur le bateau, mais ils avaient une même volonté. Dès lors, comme ils avaient un objectif commun, devenir champion olympique, tout ce qu’ils faisaient passait à la question “Est ce que ça va faire avancer le bateau plus vite ?”. Aller boire une bière ? Manger un gâteau ? toujours la même question, si la réponse était oui, ils faisaient, sinon, ils ne faisaient pas. Et au bout du compte, ils ont gagné.

Et si on ne réussit pas ses objectifs ?

La critique usuelle de la formulation des objectifs est d’affirmer que quand on ne les réussit pas on est un raté. Il n’est pas nécessaire de lire “L’art d’avoir toujours raison” pour savoir que là, on a affaire à une manipulation. En fait, c’est une des premières techniques recensées dans ce livre.

quand on n’a pas réussi un objectif, on a juste pas réussi.

Quand en Aout 2017 Maxime Vachier-Lagrave gagne le tournoi de Saint-Louis, il est content, c’est normal. Il a réussi ce tournoi, mais immédiatement il rappelle que son objectif de la saison est de se qualifier pour le tournoi des candidats, une façon de ne pas s’éparpiller et de rester concentré sur l’objectif. Au bout du compte, il ne s’est pas qualifié. Renonce t il pour autant à avoir des objectifs ? Sur son site il nous donne des éléments de réponse : “cette année 2018, qui sera exempte d’objectif sportif majeur, (…) va me permettre de travailler sur tous les détails qui peuvent faire la différence.” Il est logique qu’il ne détaille pas trop ! Bref, quand on ne réussit pas un objectif, on cherche à comprendre pourquoi et quoi améliorer pour que la prochaine fois on réussisse.

Choisir ses objectifs

Il existe nombre de méthodes pour déterminer ses objectifs, et comme nous sommes dans un sport, je reprendrai les éléments donnés par le CROPS (Centre Ressources en Optimisation de la Performance et en psychologie du Sportif). Néanmoins, la méthode SMART créée par Peter Drucker est une bonne alternative (SMART pour Spécifique, Mesurable, Accessible, Réaliste et Temporel) . Elle est populaire et facile à appliquer.

Le premier principe est la formulation d’objectifs précis et clairs. Un objectif comme je veux jouer mieux ne sert pas à grand chose, même s’il part d’une bonne intention.

Le deuxième principe est la formulation d’objectifs difficiles mais réalistes. Si l’objectif est facile à atteindre, il ne sera pas motivant et très vite s’en suivra un certain désintérêt. Donc un objectif facile est contre productif. A contrario, un objectif inaccessible se transformera en outil de renoncement et d’échec. Il faut donc positionner le curseur au bon endroit, réaliste, atteignable, difficile et in fine motivant et stimulant.

Le troisième principe est de permettre des repères et des jalons.  Il doit donc avoir une échéance et, si possible, permettre des étapes.

Un autre principe, peut être le plus important pour accroître la performance, est la formulation et l’acceptation par le sportif des buts à atteindre. En clair, il peut être suggéré, mais s’il est imposé, il sera fragile et volera en éclats à la première contrariété sérieuse. Or c’est justement pour passer le cap des contrariétés que les objectifs sont utiles.

Enfin, et c’est primordial, il faut faire attention à la formulation des objectifs. Par exemple entre l’objectif “calculer juste” et ” Ne pas faire de fautes de calcul” existe une différence énorme. Dans le premier cas vous vous mettez en position de calculer juste, alors que dans le deuxième vous avez accepté l’idée que vous alliez faire des fautes de calculs. Et vous savez quoi ? Elles auront de bonne chances d’arriver.

Des objectifs pour quoi ?

S’il faut déterminer des objectifs, encore faut il savoir  pour quoi.

Le premier objectif à déterminer est le plus lointain. C’est une règle ! On commence par le long terme, vers quoi on a envie d’aller, ce qui correspond à votre rève. Et ensuite on examine le chemin et on le découpe en plus petits morceaux.

Du coup, l’étape suivante est de déterminer l’objectif pour la saison, puis éventuellement pour le trimestre ou pour le mois, pour le tournoi par exemple, puis pour la partie. On peut même aller jusqu’à décliner par phases de la partie.

Au bout du compte, vos objectifs forment une poupée russe en s’intégrant les uns aux autres.

Par analogie, un lycéen qui souhaiterait être médecin (objectif à long terme) doit réussir ses différentes années scolaires (objectifs annuels). Cela passe par de bonnes moyennes (objectifs trimestriels) et de bonnes notes aux différents contrôles.

Objectifs de moyens ou objectifs de résultats

L’objectif de base est nécessairement un objectif de résultat, par exemple je veux être 2000 dans 4 ans. Sur cet objectif là, il n’est pas efficace de parler en termes d’objectifs de moyens. Par contre, pour les objectifs à plus court terme, il peut être bon de se fixer un objectif de moyens, c’est à dire un objectif qui ne pourra être mesuré. Par exemple, rester bien concentré.

Pour beaucoup de joueurs, les objectifs de résultats sont facteur de stress et à un moment ou à un autre il est bon de passer à un objectif de moyens. Et ça devient particulièrement problématique pour les joueurs qui ont des difficultés à gérer leurs émotions. Un bon moyen d’y parvenir est de réduire le niveau d’exigence par des objectifs de moyens, par exemple maîtriser le cours du jeu, rester concentré, ou s’impliquer pleinement.

En conclusion

La construction d’objectifs est un outil d’aide à la performance. Il fonctionne, et c’est bien là le principal.

Est ce qu’on peut réussir sans ? jusqu’à un certain niveau, certainement. Mais sera ce une vraie réussite puisqu’on n’a pas déterminé où était la réussite ? Ce serait donc déléguer à quelqu’un d’autre le fait de savoir si on a réussi ou pas.

En tout état de cause s’en passer ne permettra pas d’explorer ses limites.

Et il  restera les regrets parfumés de “si j’avais su”. Alors autant prendre dès le départ de bonnes habitudes.

Et vous, quels sont vos objectifs ?

 

3 comments

  1. Franck says:

    Il y a peu, j’écrivais un petit article sur mon blog échiquéen à propos de la méthode SMART, article bien moins détaillé que le tien. En découvrant ton blog, je tombe pile sur ton article : le web me surprendra toujours ! Vaste sujet que cette question des objectifs. Perso, j’ai du mal à me fixer des objectifs car, une fois fixés, j’ai l’impression de perdre un côté : aventure, découverte, surprise. Manque de volonté ? C’est possible aussi 🙂

    • Laurent Gattegno says:

      Merci pour ton commentaire, c’est sympa.
      C’est vrai que fixer des objectifs, c’est s’astreindre, se discipliner, et dans ce cas le jeu perd de sa poésie.
      Maintenant, Amendonné ;), il faut savoir où on prend du plaisir dans les échecs et on en revient à la question de base, est ce un sport ou un art ? A partir du moment où on commence à l’appréhender comme une discipline sportive, les objectifs ont toute leur place.

  2. Franck says:

    Avec, par ailleurs, le récent certificat médical obligatoire pour la pratique des échecs en compétition, notre discipline s’inscrit de plus en plus officiellement comme sportive. En tout cas, j’adhère à ta conclusion. Très intéressant aussi ton article sur la motivation avec le plaisir comme “carburant” et le désir comme “moteur”.

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